Scène de violence policière ordinaire

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Mardi 8 septembre 2009, réunion de la Commission départementale des risques naturels majeurs en Préfecture de Beauvais sous la présidence du directeur de cabinet du Préfet : une trentaine de participants, élus et fonctionnaires de la République, ambiance sereine et studieuse dans le décor cossu et un peu suranné d’une calme préfecture de province. Je présente les résultats d’une étude départementale sur la prévention du risque sécheresse et m’éclipse un peu avant la fin de la réunion pour prendre le train de retour sur Marseille.

Changement à Creil où je monte dans un train Corail venant d’Amiens et se dirigeant vers Paris, départ 17h54. Le second compartiment est vide à l’exception d’un homme, endormi sur une banquette. Je m’installe dans le compartiment voisin où trois jeunes beurs me rejoignent. Deux femmes entrent dans le compartiment d’à côté et s’installent en face du dormeur. Le reste des passagers s’écoule et le train s’ébranle. Arrivent alors trois agents de la police ferroviaire, un gradé, la cinquantaine débonnaire, et deux plus jeunes dont l’un ganté, et la matraque au côté. Ils secouent l’homme endormi dans le compartiment voisin en lui indiquant qu’il est en infraction du fait qu’il occupe une banquette entière à lui seul. Aucun autre passager ne s’est plaint de la situation et d’ailleurs il reste une place dans le compartiment. Les deux contrôleurs, occupés dans une autre voiture, ne sont pas présents.

Réveillé en sursaut, l’homme rechigne à montrer ses papiers. Les policiers le prennent de haut, le menottent illico et le traînent dans le couloir jusqu’à la plate-forme en bout de voiture dont ils claquent la porte derrière eux. On entend des cris de détresse. Une jeune femme, accoudé à la fenêtre au bout du couloir entrouve la portière et se met à hurler à son tour, accusant les policiers d’étrangler l’homme menotté. Plusieurs voyageurs se précipitent. Le ton monte. Je reste un moment assis dans le compartiment. Les contrôleurs finissent par arriver sur les lieux mais n’interviennent pas. Un jeune homme et une femme qui se dit journaliste tentent de parlementer avec les policiers, accompagnés des trois beurs qui étaient dans mon compartiment et de trois autres femmes qui ont été témoins de toute la scène, dont celle qui était postée dans le couloir et qui a donné l’alerte.

Je finis par les rejoindre pour m’enquérir plus précisément de la situation. L’homme menotté est solidement maintenu à l’abri des regards par un des policiers. Le gradé parlemente au téléphone, totalement indifférent à l’émoi des passagers. Quant au policier ganté, qui bloque le passage vers la plate-forme, il tente vaguement de justifier cette intervention pour le moins musclée : l’homme était en infraction pour s’être allongé sur une banquette, même si cela ne gênait personne, et il devait de ce fait justifier de son identité. Ne l’ayant pas fait de manière suffisamment coopérative, il devenait de ce fait coupable de rébellion et devait être déféré au commissariat, y compris par la force si besoin. L’étranglement avait été maîtrisé puisque l’homme semblait respirer encore et maintenant circulez, il n’y a rien à voir : si vous avez des reproches à adresser, envoyer un courrier au procureur de la République qui, lui, sait bien que les policiers ne font que leur métier.

Peu convaincus par les arguments péremptoires du jeune policier et son air arrogant, plusieurs voyageurs tentent de parlementer en faisant valoir que les méthodes employées pour cette interpellation étaient quelque peu disproportionnées eu égard au délit commis. Mais le policier, sûr de son bon droit, perd très vite patience, particulièrement lorsque quelqu’un suggère que l’arrestation était surtout motivée par le souci de faire du chiffre pour les statistiques officielles.

blog10_Photo1PoliceDans l’intervalle, le train arrive à la gare du Nord. Le groupe de voyageurs est toujours présent et certains proposent d’accompagner les policiers au commissariat pour témoigner. Mais un comité d’accueil attend sur le quai. Une vingtaine de policiers sont là qui se ruent sur le groupe, matraque à la main et l’air particulièrement agressif. Deux des jeunes beurs qui se trouvaient dans mon compartiment sont frappés sauvagement aux jambes par un jeune policier déchaîné qui roule des yeux féroces. Un de ceux qui avait parlementé avec les policiers dès le début de l’incartade est menotté et embarqué sans ménagement avec le contrevenant. Devant tant de violence, les autres voyageurs s’éclipsent et, lâchement, je les suis pour ne pas rater ma correspondance pour Marseille à la gare de Lyon.

Je garde néanmoins en mémoire l’image terrible de ces fonctionnaires de la République se déchaînant à coups de matraques, comme une meute de chiens enragés, contre de simples citoyens qui avaient eu le tort de vouloir discuter de leur comportement inutilement violent et provocateur. La police n’est-elle pas en train de creuser elle-même un fossé d’incompréhension et de rancœur en usant ainsi de sa force pour faire régner la terreur, plutôt que de se mettre au service des citoyens en vue d’assurer leur sécurité comme c’est normalement sa mission première ? Les policiers ont–t-ils bien la même notion du service public que leurs collègues fonctionnaires de Beauvais qui s’efforcent de renforcer la prévention contre les risques naturels en privilégiant la concertation plutôt que l’arbitraire ?

L.V.LutinVert1Small

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